Le concept de bal tach'hit a été fréquemment développé dans la littérature rabbinique.
J'ai évoqué
jusqu'à présent certains des plus importants textes non législatifs
de la Bible relatifs à l'environnement. Des centaines d'autres exemples
peuvent être donnés de récits bibliques comportant des aspects
écologiques.
Cependant, on trouve aussi tout une partie législative qui se réfère
aux problèmes écologiques.
Bal tach'hit, la
prévention des destructions injustifiées, est le principe halakhique
le plus fréquemment mentionné dans les publications juives contemporaines
qui traitent de l'attitude du judaïsme envers l'environnement.
Son origine se trouve dans la Torah : " Quand tu assiégeras une
ville des jours nombreux pour guerroyer contre elle pour la saisir, tu ne détruiras
pas son bois en brandissant la hache sur lui, car de lui tu mangeras, et lui
tu ne le couperas pas, car l'homme est-il un arbre du champ pour venir de devant
toi dans un siège ? Seulement l'arbre dont tu sauras qu'il n'est pas
un arbre à manger, celui-là tu le détruiras et le couperas,
tu construiras une fortification sur la ville qui fait la guerre avec toi, jusqu'à
sa soumission. " (Deutéronome 20, 19 et 20).
Tout au long des siècles,
le concept de bal tach'hit a été fréquemment développé
dans la littérature rabbinique, et la législation juive s'en est
trouvée abondamment enrichie.
Dans l'un des plus vieux recueils des traditions rabbiniques, le Sifri - écrit
aux environs de l'an 300 - la loi est élargie à l'interdiction
d'interférer avec des sources d'eau. Le Talmud étend cette défense
au gaspillage des produits combustibles.
Maimonide mentionne d'autres
extensions du principe, soulignant qu'il ne s'applique pas seulement au temps
de guerre, mais à toutes époques. Parmi les interdictions qu'il
mentionne, nous citerons : le bris d'ustensiles, la déchirure de vêtements,
la destruction de bâtiments, l'obturation de puits et le gaspillage de
nourriture. Ce concept de bal tach'hit a acquis une telle importance
que, au 19ème siècle, le rabbin Samson Raphaël Hirsch est
parvenu à la conclusion que rien - pas même ses propres biens -
ne peut être détruit sans raison.
LA PROTECTION DES ANIMAUX
Bien avant que la mode écologique n'éclose, le judaïsme pronait le respect du monde animal.
Une autre prescription halakhique
majeure en matière d'écologie est le tsa'ar ba'alei 'hayim,
l'interdiction de tout acte de cruauté envers les animaux.
Beaucoup de lois juives
s'y réfèrent. Le Torah nous apprend, par exemple, que nous ne
devons pas manger un membre d'un animal vivant. C'est l'une des sept lois noa'hides,
ce qui veut dire qu'elle s'impose à toute l'humanité et pas seulement
aux Juifs.
Nous n'avons pas le droit
non plus de labourer avec un bœuf et un âne attelés ensemble.
Cela serait évidemment injuste
envers l'animal le plus faible.
Le Chabbath est jour de
repos non seulement pour nous, mais aussi pour nos animaux. Le Talmud nous enseigne
qu'il est interdit à l'homme de manger avant d'avoir nourri ses animaux.
Un du plus grands érudits
du 18ème siècle, le rabbin Ye'hezqel Landau, mieux connu sous
le nom de Noda Biyehouda, spécifie dans une de ses responsæ : "
Les seuls chasseurs mentionnés dans la Torah sont Nimrod et Esaü.
La chasse n'est pas un sport pour les enfants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob..
Comment un Juif peut-il aller tuer une créature vivante dans le seul
but de chasser pour le plaisir ? "
Au fil des siècles,
le monde rabbinique a développé un système complexe de
protection de l'environnement. Ce n'est que bien longtemps après que
la plupart de ces idées ont pénétré le courant dominant
de la pensée moderne et la conscience de la société en
général. Beaucoup de Juifs trouvent maintenant intéressants
de tels concepts, ignorant le fait que le judaïsme les connaît depuis
longtemps et qu'il a développé des conclusions qui sont encore
valables aujourd'hui. Il est triste qu'il en soit ainsi, et cela ne se limite
pas aux seuls problèmes écologiques.
LA COHERENCE DE LA PENSEE
JUIVE
Le judaïsme tenant la nature pour un instrument de D.ieu, toute adoration de la nature est considérée comme une transgression.
Si l'on considère
avec attention les parties narratives et légales de la Bible et la littérature
des commentateurs exprimée dans le Midrach, nous pouvons conclure que
la pensée juive à l'égard de l'environnement est tout à
fait cohérente.
Je vais tenter de le démontrer
en faisant appel à cinq éléments écologiques importants,
et qui couvrent les préoccupations écologiques les plus modernes.
Le premier est le rapport
de l'homme et de la nature ou, comme le dirait un écologiste, la "
protection de la nature ". Parmi des lois écologiques juives,
j'ai déjà mentionné celle de bal tach'hit et l'interdiction
de chasser. Il existe dans la halakha un troisième élément
important relatif à la nature : les lois de kilayim, qui protègent
l'immutabilité des espèces.
La Torah en cite plusieurs exemples : l'interdiction de créer des espèces
d'animaux hybrides, celle d'ensemencer son champ de productions différentes,
et celle de porter un vêtement fait de laine et de lin (Deutéronome
22, 9 et suivants).
Ces trois catégories
de la loi juive ont toutes trait à la protection de la nature. En même
temps, beaucoup de récits dans le Bible nous apprennent que la nature
remplit d'autres fonctions, comme celle de témoigner de la majesté
de D.ieu ou, comme nous l'avons déjà vu, d'être Son instrument.
Il arrive que cet instrument
soit utilisé pour récompenser les gens. C'est le cas dans le récit
de la Manne, ou quand Josué, avec l'aide de D.ieu, interrompt la marche
du soleil et de la lune afin que les Hébreux puissent vaincre leurs ennemis.
Mais il arrive aussi, comme nous l'avons vu, qu'il devienne un outil de punition.
Outre les récits sur le paradis, le déluge et les Dix Plaies d'Égypte
dont nous avons parlé, nous pouvons citer la destruction de Sodome, le
partage de la Mer Rouge et la chute de Qora'h.
La nature a aussi d'autres
fonctions, comme celle d'enseigner à l'homme une leçon. Comme
exemples typiques nous citerons l'histoire de Moïse, le buisson ardent;
l'histoire de Na'aman, le général syrien qui a été
guéri par les eaux du Jourdain; celle du prophète Jonas avec l'arbre
qui croît et flétrit rapidement, et celle des hommes jetés
dans la fournaise ardente par Nabuchodonosor, de laquelle ils ont été
sauvés.
Il n'est pas étonnant,
le judaïsme tenant la nature pour un instrument de D.ieu, que toute adoration
de la nature soit considérée comme une transgression. Le sacrifice
d'Elie sur le mont Carmel le prouve : les prêtres de Ba'al ont été
mis en déroute.
Dans la littérature midrachique aussi, on trouve aussi beaucoup de références
à divers aspects de la relation de l'homme avec la nature. Par exemple
le midrach suivant, qui explicite ce concept : " D.ieu a dit à
Adam : "Vois Mon œuvre, vois comme elle est agréable et bonne.
Tout ce que J'ai créé Je l'ai créé pour toi. Prends
garde à ne pas abîmer et détruire Mon monde, car si tu le
fais personne ne le réparera." "
LE RAPPORT DE L'HOMME
AUX ANIMAUX
Le Midrach insiste beaucoup sur le lien entre la noblesse de caractère et l'attitude envers les bêtes
Un deuxième élément
important dans les préoccupations écologiques modernes est constitué
par la relation de l'homme aux animaux. J'ai déjà mentionné
plusieurs lois juives dans ce domaine.
Il en est d'autres qui incluent
des aspects cherchant à limiter les souffrances des animaux. Ainsi celle
qui s'applique au jeune bovin ou ovin : il est interdit d'égorger le
parent et le petit le même jour (Lévitique 22, 28). Ou celle qui
impose le principe de chiloua'h haqèn : si l'on veut prendre des
oisillons ou des œufs dans le nid d'un oiseau, on n'a pas le droit de prendre
la mère en même temps que ses petits.
Un éminent rabbin
contemporain, Rabbi Eliézer Waldenberg, mieux connu comme le Tsits Eliézer,
estime dans une de ses responsæ que, même si un homme veut jeûner,
il doit nourrir ses animaux.
Nous trouvons aussi des
expressions de ce concept dans les parties narratives de la Torah.
Le serviteur d'Abraham choisit Rébecca comme femme d'Isaac parce qu'elle
est bonne pour les animaux, et le Midrach insiste beaucoup sur le lien entre
la noblesse de caractère et l'attitude envers les bêtes. C'est
ainsi qu'on nous apprend que Moïse a été choisi comme dirigeant
du peuple juif parce qu'il était bon envers les animaux.
De même Rabbi Yehouda
le Prince, auteur de la Michna, a été puni pour avoir parlé
durement aux animaux, mais il a été récompensé quand
il leur a ensuite témoigné de la bienveillance. Il est dit dans
le premier cas que le Ciel a voulu qu'il soit puni parce qu'il n'avait eu aucune
pitié, et dans le second qu'il lui a été marqué
de la bonté parce qu'il en avait marqué lui-même.
(Traduit de l'anglais par
Jacques KOHN)
(Conférence donnée
le 20 février 2000 par le Dr. Manfred Gerstenfeld)