L’amour est un sentiment très délicat. Il fuit une atmosphère
chargée de reproche, de colère et de sarcasme et s’épanouit
dans un contexte de respect, d’acceptation et d’honnêteté.
Les 10 prescriptions suivantes (si elles sont suivies consciemment et
consciencieusement) transformeront une relation enlisée dans
la négativité en une relation reposant sur la confiance et la
sécurité.
Pourquoi avoir choisi une
liste de tabous plutôt qu’une liste
de suggestions positives ?
L’histoire suivante, extraite du Talmud, répond à cette
question :
Un non-juif approcha le grand sage Hillel et lui demanda de lui enseigner
toute la Torah sur un seul pied. Hillel accepta et lui répondit : « Ce
qui t’est détestable, ne le fais pas à autrui. Tout le
reste n’est que commentaire. Maintenant, va et apprend. »
De nombreux commentateurs posent la question : Pourquoi Hillel a-t-il choisi
de répondre de manière négative plutôt que de citer
la célèbre citation biblique : « Aime ton prochain comme
toi-même » ?
A mon avis, c’est très simple. Nous savons tous ce qui nous fait
mal, nous avons tous fait l’expérience d’une critique désagréable
ou d’un regard dédaigneux. Nous savons à quel point une
remarque négative peut nuire et même détruire une relation
et nous savons que les choses négatives que nous faisons ou qui nous
sont faites, peuvent de loin l’emporter sur notre comportement positif
ou celui des autres.
C’est pourquoi, la première étape pour améliorer
une relation est d’éliminer les comportements négatifs
qui polluent continuellement le mariage. Il ne sert à rien de planter
des massifs de roses dans un champ de déchets toxiques. Il faut tout
d’abord ôter le poison avant de pouvoir embellir l’endroit.
Plus nous développons notre sensibilité pour déceler les éléments
subtils susceptibles de blesser notre conjoint, plus nous donnons à notre
amour la possibilité de fleurir.
Au fur et à mesure que vous lisez ces 10 conseils, je vous encourage
fortement à effectuer les exercices. Le défi du mariage nécessite
l’engagement des trois P : Pratique, Patience et Persistance. Faîtes-les
et vous en tirerez les bénéfices. Même si un seul des partenaires
est prêt à faire un effort concerté pour changer, les résultats
au sein de la relation peuvent tout de même être appréciables.
1. NE PRENEZ PAS TOUT CE QUE FAIT VOTRE CONJOINT COMME ALLANT DE SOI
Le mariage est probablement
le programme de formation le plus ardu et le plus efficace en vue de développer notre caractère. La plupart des
rencontres que nous avons avec notre conjoint nous donnent l’occasion
d’exercer notre maîtrise de soi, notre gentillesse et notre sens
du respect.
A certains moments, par
exemple, vous pouvez être confronté au
choix de vous emporter ou d’exprimer votre ressentiment. A d’autres,
le choix peut se porter entre vous montrer indifférent ou exprimer votre
gratitude.
L’injonction "ne prenez pas tout ce que fait votre conjoint comme
allant de soi" est unique parmi ces dix conseils. Car le seul moyen
de l’accomplir est d’effectuer un acte positif ayant pour but de
témoigner votre appréciation. Soit vous considérez tout
ce que fait votre conjoint comme étant naturel, soit vous reconnaissez
sa gentillesse. Il n’y a pas de solution alternative. C’est aussi
le meilleur moyen pour vaincre votre égoïsme.
Afin d’atteindre le stade où vous ressentirez un désir
réel d’exprimer votre appréciation, vous devez supprimer
trois attitudes négatives - le sentiment que les choses vous sont
dues, vos attentes irréalistes et votre amnésie consciente.
Le sentiment que les choses
vous sont dues, est l’impression que vous
avez quand l’autre fait quelque chose que vous pensez mériter,
vous ne prenez donc même pas la peine de le remercier. Dans le même
ordre d’idées, vous retrouverez aussi l’attitude que, lorsque
vous vous attendez à quelque chose, l’autre est obligé de
le faire. Vos droits et vos attentes font que dans votre rapport à l’autre,
vous le considérez comme une extension de vous-même ; d’une
manière similaire à la relation que le nourrisson entretient
avec le sein de sa mère.
L’amnésie consciente ou l’indifférence est l’art
d’ignorer ou d’oublier ce qui est évident. Vous refusez
de prêter attention aux actes de gentillesse, petits ou grands, que votre
conjoint accomplit pour vous. Il me semble que quand une personne pense que
tout lui est dû, elle arrive ensuite à un état d’amnésie
consciente.
Si vous désirez savoir si vous prenez tout ce que votre conjoint fait
comme allant de soi, répondez aux questions suivantes :
Etes-vous aussi poli, gentil
et attentionné envers votre conjoint que
vous l’êtes envers une connaissance ou un collègue ? Pour
la plupart d’entre nous, la réponse est non.
D’autre part, comment vous sentiriez-vous si votre conjoint vous traitait
de manière impolie, ignorait vos marques d’attention ou manquait
de considération à vos besoins ?
Avant de répondre, rappelez-vous les paroles de Hillel le Sage : « Ce
qui t’est détestable, ne le fais pas à autrui » .
Exercice :
1. Enumérez tout ce que votre conjoint fait pour vous - de
petit ou de grand.
Essayez d’inclure la moindre chose, depuis la tasse de café qu’il
vous prépare le matin jusqu’à la manière experte
dont il gère les dépenses du ménage.
2. Posez-vous ensuite cette
question : « Est-ce que vous lui témoignez
votre appréciation pour toutes ces choses ? Si oui, de quelle manière
? »
Vous découvrirez probablement que la plupart du temps vous ne lui témoignez
jamais votre gratitude.
3. Engagez-vous à essayer d’exprimer votre gratitude pendant
une semaine entière et constatez la différence. Vous pouvez également
envisager d’écrire une lettre de remerciements à votre
conjoint.
2. N’ESSAYEZ PAS DE LIRE SES PENSEES
N'imaginez pas connaître les pensées ou les sentiments de
votre conjoint. Il y a de fortes chances que vous vous trompiez et de fausses
présomptions sont souvent la cause de conflits inutiles.
Imaginez la situation suivante :
Vous entrez dans le salon
et votre mari est assis sur son fauteuil préféré en
train de fixer le mur. Ses lèvres sont fermées, ses mâchoires
serrées.
Votre réaction immédiate est la frayeur :
«
Qu’ai-je fait ? Pourquoi est-il tellement en colère contre moi
? »
Vous l’interpellez prudemment, en vous attendant à ce qu’il
déverse toute sa colère sur vous :
« Que se passe-t-il, David ? »
David se tourne lentement vers vous.
Son regard tendu et courroucé s’estompe graduellement, puis il
annonce tristement :
«
J’ai été renvoyé. »
Vous soupirez presque :
«
D.ieu merci ! Au moins, ce n’était pas de ma faute. »
Dans ce cas de figure,
la femme a pu vérifier ses présomptions
et découvrir que son mari n’était pas en colère
contre elle. Mais, bien souvent cela se produit sans que nous ayons la possibilité de
contrôler la justesse de nos présomptions. Nous continuons donc à les
croire.
Il arrive souvent que ces
fausses présomptions, illusions ou fantaisies,
soient mises à jour au cours d’une thérapie de couple.
Les deux conjoints découvrent alors qu’elles étaient totalement
ou partiellement fausses. Par exemple, le mari critique et coléreux
qui était supposé détester sa femme, se révèle être
en fait un homme manquant d’assurance, convaincu que sa femme ne l’aime
pas. Ou bien, comme dans un cas que je connais, la femme distante et rebutante
se révèle être en fait une femme très triste, affligée
par la perte de sa mère.
Ne présumez pas, vérifiez
!
Exercice :
Prenez un morceau de papier
et sans trop réfléchir, complétez
la phrase suivante :
«
Je présume que mon conjoint pense ou ressent……. à mon
égard. »
Après avoir établi votre liste, efforcez-vous de vérifier
vos assomptions.
D’après moi, vous découvrirez que la plupart d’entre
elles sont fausses. Toutefois, il est possible que votre conjoint reconnaisse
la validité de certaines d’entre elles. Ce qui risque d’être
douloureux, mais il vaut mieux avoir affaire à des certitudes qu’à des
faits invérifiés. Au moins, maintenant vous savez ce que vous
devez faire pour arranger les choses.
3. NE LE BLAMEZ PAS
Comme il est facile de
dire : « C’est de ta faute. Tu m’as
poussé à le faire. C’est à cause de toi si les choses
vont tellement mal entre nous. Tu es la raison de mon malheur. »
Et comme il est difficile de se regarder en face et de se poser la question
:
«
Quelle est ma part de responsabilité dans cette dispute ? »
Blâmer l’autre est une façon de se déposséder
de tous pouvoirs. Quand je blâme ma femme, je déclare essentiellement
qu’elle contrôle mes sentiments et ma conduite. Ma relation avec
elle est similaire à celle du chien de Pavlov - quand la cloche
sonne, le chien salive. Si ma femme oublie de me dire bonjour, j’explose.
Quand nous faisons des
reproches à notre conjoint, nous lui ôtons
la possibilité de réfléchir sérieusement à nos
paroles et de nous répondre de manière posée. Au lieu
d’exprimer notre grief et nos sentiments, nous l’accusons et le
menaçons, ce qui ne peut que l’inviter à une réponse
du même ordre. Le résultat est soit une escarmouche, soit une
véritable déclaration de guerre, et, comme nous finissons par
le comprendre douloureusement : « en amour comme à la guerre »,
or le mariage, c’est un peu les deux.
Quel est donc l’antidote au blâme
?
La réponse est simple : Endossez la responsabilité de vos actions. Cela est un véritable challenge. Il est difficile
de renoncer au sentiment d’avoir toujours raison. Il est difficile de
renoncer au désir de forcer l’autre à reconnaître
ses torts.
Je vais vous faire part
d’une vérité : « Avoir raison
dans une relation n’est qu’un lot de consolation. » Si vous
gagnez, c’est votre relation qui en pâtit. Si vous voulez que votre
mariage l’emporte, vous devez essayer de considérer honnêtement
votre part de responsabilité dans le développement d’un
conflit. Posez-vous cette question : « Dans quelle mesure est-ce que
mon attitude génère l’éloignement et la peine ? »
Exercice :
1. Dressez une liste de
toutes les occasions où vous blâmez votre
conjoint.
Par exemple : « C’est de ta faute si la maison est toujours en
désordre » ou « A cause de toi, Sarah a de mauvaises fréquentations.
Tout ça parce que tu ne passes pas assez de temps avec elle. »
2. N'ayez aucune indulgence envers vous-même et évaluez votre part de
responsabilité dans chacun de ces problèmes.
3. Puis, cherchez des alternatives.
Dans le dernier exemple, la femme pourrait envisager de dire :
«
Je suis inquiète que Sarah ait de mauvaises fréquentations. J’aimerais
que nous discutions ensemble de ce qu’il faut faire. »
Il est possible qu’elle soit agréablement surprise de découvrir
que quand on l’approche respectueusement, son mari comprenne qu’il
doit passer plus de temps avec sa fille.
4. N’INTERPRETEZ JAMAIS LES CHOSES
Pensez à ce que
vous ressentiriez si votre conjoint vous disait :
«
A présent, je comprends pourquoi tu es tellement critique. Tu es exactement
comme ton père. Je suis sûre qu’il était encore plus
critique avec toi que tu l’es avec moi. »
Considéreriez-vous cette « analyse » de votre caractère
comme utile et comme un apport à votre connaissance de vous-même
et à votre développement personnel ?
Je pense que la réponse va de soi. Ces paroles semblent peut-être
contenir une information perspicace, mais elles ne sont en fait que des ressentiments
déguisés, sous-couvert d’intérêt objectif.
Il est possible que vous pensiez comprendre les motivations profondes de votre
conjoint et les nuances subtiles de son comportement. Il est également
possible que vous pensiez vous montrer objectif et serviable en interprétant
son comportement, mais en réalité, il est impossible à une
personne profondément engagée dans une relation de maintenir
une distance professionnelle. La plupart du temps, nos interprétations
ont pour motivation notre intérêt personnel et notre désir
de changer notre conjoint.
Vous êtes peut-être comme moi. Je ne souhaite pas que ma femme
interprète mes pensées et mes sentiments. Je veux qu’elle
m’écoute. Je veux qu’elle me comprenne. Je veux qu’elle
me réponde comme le ferait une amie, une personne qui se soucie de moi.
Je veux qu’elle m’aide à mieux me comprendre, en me renvoyant
ce que je dis et en identifiant les sentiments que j’exprime.
C’est pourquoi, afin d’éviter d’interpréter,
permettez-moi de vous suggérer les deux antidotes suivants :
Premièrement, déterminez clairement quels sont vos ressentiments
et faites attention de ne pas les laisser transparaître lorsque
vous analysez le comportement de votre conjoint.
Deuxièmement, écoutez-le de manière franche et aimante.
Exercice :
La prochaine fois que votre
conjoint vous parle, faites de véritables
efforts pour essayer de le comprendre. Pratiquez une écoute active,
c’est à dire montrez-lui que vous l’écoutez. Ce qui
peut être fait en maintenant un contact visuel avec lui, en lui tenant
la main ou en le prenant dans vos bras.
Ponctuez votre écoute de phrases encourageantes qui prouvent que vous
comprenez ce qu’il ressent. Vous pouvez par exemple lui dire:
«
Je comprends ta colère envers ton patron. Si j’étais toi,
je serais vraiment furieuse. »
5. NE DITES PAS OUI QUAND VOUS PENSEZ NON
Nous avons souvent peur
de dire non à notre conjoint. Peut-être
avons-nous peur qu’elle se fâche, ou bien que si vous lui dîtes « Je
suis désolé, je ne veux pas faire ça », il sera
déçu et vous commencerez à vous sentir coupable.
Alors, au lieu de vous mettre en avant et de dire ce que vous voulez, vous
finissez par faire le contraire et par en éprouver de la rancœur.
Le problème en disant oui quand vous voulez dire non, est que vous cessez
d’être sincère dans votre relation. Or, il ne peut y avoir
d’intimité dans une relation sans honnêteté.
Devenir altruiste et donner,
ne signifie pas nécessairement que vous
devez sacrifier vos sentiments, vos envies et vos besoins, afin de satisfaire
votre conjoint. Si vous le faites, vous risquez très fort d’en éprouver
du ressentiment ou de vous écarter de lui.
En exprimant vos sentiments et vos désirs, vous lui permettez d’apprendre à vous
connaître véritablement, au lieu de quelque version illusoire
de ce que, selon vous, il désire vraiment.
Ce même Hillel, que j’ai cité précédemment,
dit quelque chose de très pertinent et de très profond : « Si
je ne suis pas pour moi, qui suis-je ? Et si je suis pour moi seul, que
suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? »
Il est possible qu’en commençant à dire non quand vous
voulez dire non, vous direz oui quand vous voulez dire oui, et votre conjoint
se sentira plus en sécurité en voyant qu’il peut se reposer
sur votre parole.
Il est toutefois plus probable que votre changement de comportement se
révèle
tout d’abord déstabilisant pour votre conjoint. Rappelez-vous
qu’il n’est pas habitué à la sincérité de
votre part. Il peut être douloureusement surpris d’apprendre que
vos oui n’étaient en fait pas tous des oui.
Il est important de savoir
que chaque fois que vous changez les règles
du jeu dans une relation, il risque d’y avoir des conflits. C’est
normal. Le conflit est souvent nécessaire pour qu’une relation
progresse. Grâce au conflit, deux personnes peuvent développer
une compréhension plus profonde l’une de l’autre et forger
un lien plus solide.
Si vous avez déjà une relation solide avec votre conjoint, en
vous engageant à être honnête, vous ne pouvez qu’approfondir
votre relation.
Sinon, je vous recommande de procéder avec précaution. Avant
de vous montrer totalement honnête, essayez d’évaluer ce
que sera la réaction de votre conjoint. Certains couples auront peut-être
besoin des conseils d’un professionnel pour les aider à passer
cette transition d’une relation fondée sur la recherche de l’approbation
de l’autre à une relation fondée sur la sincérité.
Le processus permettant
d’atteindre un niveau d’honnêteté plus
profond est souvent chaotique, mais si vous y parvenez, cela en vaut la peine.
Exercice :
1. Ecrivez ce qui suit
sur un morceau de papier en le complétant :
«
J’ai peur de dire …….. à mon conjoint. »
Rédigez votre liste par ordre de priorités, en commençant
par les choses qui vous sont les plus faciles à révéler
et en terminant par les plus difficiles.
2. Imaginez que vous abordez
votre conjoint pour lui dire la vérité.
Comment vous sentez-vous à cet instant ? Essayez de respirer lentement
et dîtes-vous calmement de vous détendre.
3. Dès que vous êtes capable d’envisager une telle conversation
avec votre conjoint, prenez le risque de l’avoir réellement. Commencez
par le plus facile sur votre liste et poursuivez.
Traduction et Adaptation de Tsiporah Trom