Nous avons consacré
les articles précédents aux cinq premières des dix sefirot.
Mais avant de continuer, il nous paraît sage de consacrer un peu de temps
à l'interaction entre le 'hessed et la guévoura.
Ces deux sefirot sont probablement
utilisées le plus largement pour décrire les actions de D.ieu
dans le monde.
On peut qualifier les sefirot
dont nous avons déjà parlé ('ho'hma - sagesse, bina - compréhension
et daat - connaissance) de "préparatoires" et les sefirot dont
nous discuterons ultérieurement (netsa'h - victoire, hod - crainte révérentielle,
yessod - fondation et mal'hout - royauté) de "tactiques". Dans
ce sens, 'hessed - bienveillance, gévoura - force et tiféret -
beauté occupent une place "centrale".
L'interaction qui existe entre le 'hessed et la guévoura s'apparente à un montage "en parallèle", c'est-à-dire que ces deux sefirot peuvent se produire simultanément.
p>Pour décrire le système
des sefirot, empruntons le vocabulaire utilisé en électricité.
L'interaction qui existe entre le 'hessed et la guévoura s'apparente
à un montage "en parallèle", c'est-à-dire que
ces deux sefirot peuvent se produire simultanément. Par contre, les autres
sefitot marchent "en série". Ainsi, la 'ho'hma ne peut se dérouler
en même temps que la bina; ce n'est que quand la 'ho'hma a fini de générer
l'idée que la bina peut commencer son travail d'analyse. De même,
ce n'est qu'une fois que l'idée a été développée
au maximum par la bina que la daat la met en application.
Cependant, pour le 'hessed
et la guévoura, c'est différent. D'une part, il est possible de
les imaginer comme un processus continu. Par exemple, ainsi que nous l'avons
exposé dans l'article précédent, la pierre angulaire sur
laquelle se fit la création est le 'hessed tandis que sa continuité
est assurée par la guévoura. D'autre part, 'hessed et guévoura
peuvent fonctionner simultanément. Par conséquent, quand un événement
se produit, on peut identifier les composants du 'hessed et ceux de la guévoura,
qui en font partie conjointement.
L'image la plus couramment
employée pour décrire ce phénomène est celle de
"droite et gauche".
Les différentes parties
du corps peuvent servir à incarner les sefirot. (C'est un sujet d'ailleurs
que nous traiterons plus en profondeur ultérieurement.) Tandis que les
trois premières sefirot, faisant partie du domaine de l'intellect, s'apparentent
aux fonctions du cerveau, les sefirot du 'hessed et de la guévoura sont
représentées par les mains. De même que ces sefirot sont
les instruments fondamentaux des "actions" de D.ieu, de même
les mains ont-elles une importance primordiale dans toute activité humaine.
Cette comparaison est encore
plus limpide quand on constate combien l'aspect "droite-gauche" des
membres humains et l'interaction entre le 'hessed et la guévoura sont
similaires.
Imaginons deux mains poussant
une charrette ou soulevant un seau d'eau. Dans ce cas, il n'y a aucune différence
entre les deux mains. Il s'agit simplement de deux fois du même membre
car la corrélation droite-gauche est insignifiante. Effectivement, la
main droite est un peu plus forte mais le deux mains accomplissent la même
tâche et de ce fait, ce type de corrélation ne permettrait pas
d'illustrer le mode de relation 'hessed - guévoura.
LE CONTREPOIDS
Mais prenons d'autres exemples.
Une personne enfonce un clou dans une planche. Sa main droite frappe sur le
clou au moyen d'un marteau tandis sa main gauche maintient la planche fermement.
Autre cas: une personne serre une vis avec sa main droite et de la main gauche
tourne l'écrou dans l'autre sens. Troisième exemple: un sculpteur
taille une statue au moyen d'un ciseau placé dans sa main droite et tient
la pierre énergiquement avec sa main gauche. Dans tous ces exemples,
la main droite et la main gauche coopèrent en agissant de manière
contraire.
De là, il ressort
que le 'hessed et la guévoura opèrent simultanément pour
atteindre le même but, tout en exerçant des forces dans des directions
opposées.
Soyons un peu plus explicites
quant aux rôles spécifiques du 'hessed et de la guévoura.
Pour ce faire, examinons l'exemple du sculpteur. Sa main droite se borne en
fait à détacher les copeaux au moyen du ciseau. La main gauche,
par contre, immobilise le bloc de pierre et, en résistant au mouvement
du ciseau, permet à la pierre d'acquérir sa forme finale. De ce
fait, la pierre n'est pas emportée par le burin mais, au contraire, elle
lui résiste. Bien que la main droite ait exercé son action sur
la pierre, celle-ci a gardé ses propres caractéristiques, tout
en portant le "message" que lui a imprimé la main droite.
Cela décrit exactement
la relation qui existe entre le 'hessed et la guévoura, jouant respectivement
le rôle de la "main droite" et de la "main gauche".
La bienveillance fait l'objet
principal des actes divins. Ainsi, des deux sefirot, le 'hessed est celle qui
prédomine et qui est la plus forte. Elle accomplit ce que D.ieu veut
réellement.
Mais nous avons décrit
auparavant le problème inhérent au 'hessed. Si une personne est
prise en charge par autrui, elle perd alors son identité. Elle n'est
plus que le réceptacle des largesses de son bienfaiteur. Ce serait similaire
à la planche qui suivrait les mouvements du marteau.
A cet égard, la sefira
de guévoura a pour fonction d'aider. C'est la "main gauche"
qui pousse dans la direction opposée et donne à la planche sa
réelle existence. Tandis que la main droite attire, la main gauche repousse.
Alors que l'attribut du 'hessed ramène les choses dans la sphère
d'être de D.ieu, la guévoura les rejette en proclamant: "Eloignez-vous
de moi, tenez-vous sur vos propres pieds et tachez de gagner de quoi vivre."
Il est écrit dans
le Talmud:
" Une personne doit
toujours attirer ses semblables au moyen de sa main droite et les repousser
avec la main gauche. " (Sota 47)
Cela doit nous servir de
leçon dans nos relations avec notre prochain. Le caractère dominant
et par conséquent le plus fort qui doit prévaloir dans l'interaction
entre êtres humains doit être la volonté de rapprochement
et d'amitié envers son semblable. Mais une certaine dose de "repousser"
doit y être incluse afin de préserver la vie privée. La
bienveillance dispensée à une personne indépendante renforce
les liens et crée des ponts. Par contre, pour un individu tributaire
de son entourage, cela conduirait à sa perte complète d'autonomie
et à son engloutissement.
(Il est intéressant
de noter que les personnes approfondissant l'étude de la Kabbale, tels
les Hassidim, ont tendance à porter leurs vêtements, la partie
droite recouvrant partiellement la partie gauche, afin de démontrer cette
relation. Dans l'habillement occidental, c'est habituellement le contraire.)
Traduction et Adaptation
de Claude Krasetzki